Atelier

Baykul Baris Yilmaz, marbreur de papier

28 août 2019
Baykul Baris Yilmaz, marbreur de papier à Paris

 

En poussant la petite porte bleue du 23 rue Levert dans le 20arrondissement de Paris, je ne m’attendais pas à découvrir une allée étroite et longée de maisonnées blanches aux entrées colorées. Anciennement investit par une famille arménienne de chausseurs pour femme, c’est dans cette cour que ma rencontre du jour, Baykul Baris Yilmaz, exerce l’art du papier marbré. Un artisan et un savoir-faire « made in Turquie ».

 

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« Tu veux un café ? » me demande-t-il sans préambule. « Viens, je vais te montrer comment on fait un café turc ». Nous sortons de l’atelier et faisons un pas de côté pour arriver sur le palier de l’appartement du jeune quarantenaire. Baris maîtrise l’art du café turc autant que celui du papier marbré. Boire le premier empêche peut-être de tomber en état d’hypnose devant le second (note pour plus tard : éviter de boire la dernière gorgée, à moins d’espérer un gommage des amygdales).

 

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Dans son petit atelier de 15m2, un canapé, une chaine stéréo, et un poisson gravé sur le mur sont tournés vers la cuve devant laquelle, tel un chef d’orchestre devant sa partition, Baris, pinceaux à la main, compose des motifs sur l’eau. A moins qu’il ne soit un dieu céleste qui aurait le pouvoir d’abattre sur les eaux calmes de la cuve des pluies diluviennes de peinture, des raz de marée provoqués par le peigne, et qui aurait le don de faire pousser feuillages, plumes de paon et feuilles de chêne chamarrées en guise de dessins.

 

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“C’est important pour moi de m’inscrire dans une tradition et de perpétuer les gestes. »

Le savoir-faire de la marbrure de papier consiste à créer des motifs colorés en appliquant des pigments de couleur au goutte-à-goutte ou au pinceau sur de l’eau à laquelle on a ajouté une substance grasse, puis à les transférer sur du papier. Sa formation, Baris l’a acquise aux côtés d’un maître marbreur turc, qui lui-même l’a acquise auprès d’un maître marbreur turc, qui lui-même l’a acquise auprès d’un… un passage de relais de maître à élève qui s’opère depuis le 15e siècle, époque à laquelle est né en Empire Ottoman le papier marbré. “C’est important pour moi de m’inscrire dans une tradition et de perpétuer les gestes. Je voue une grande reconnaissance à mon maître. Les nouvelles générations se doivent de respecter les techniques, sinon, elles sont vouées à disparaître. » Originellement, ce papier était utilisé comme papier officiel pour éviter que les documents ne soient falsifiés. Par la suite, il a été utilisé pour ornementer les pages de garde des livres. Ainsi Baris contribue aujourd’hui à la restauration d’ouvrages pour le compte de bibliothèques ou de relieurs. Selon lui, il participe ainsi à sublimer la connaissance : « La connaissance pour moi c’est le livre, symbole de transmission. » Au fil des siècles, le papier marbré est devenu en Turquie de l’art apparent et non de l’artisanat d’art. C’est une des approches de Baris, qui modernise et donne un tournant artistique à ses créations en en faisant également des objets décoratifs.

 

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Baykul Baris Yilmaz, marbreur de papier à Paris

« S’il n’y a pas d’erreur, il n’y pas d’apprentissage. »

La technique utilisée par notre maître marbreur se murmure dans un souffle de vent : c’est la technique dite « ebru » qui signifie « comme un nuage », inscrite sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2014. Si chaque papier que crée Baris est unique, il se doit d’être capable de le reproduire le plus à l’identique possible. Des jours, des mois, des années de pratique, d’erreurs, d’irrégularités, de ratés et deux décennies plus tard, Baris avoue qu’il continue d’apprendre chaque jour. « S’il n’y a pas d’erreur, il n’y pas d’apprentissage. C’est en fusionnant avec son art que l’on devient virtuose. »

Il est bientôt 13h30, nos estomacs commencent à se faire entendre. Baris propose de me faire découvrir le meilleur restaurant de cuisine anatolienne de Paris, à quelques pas de son atelier. Au menu, borek de fromage, grillade d’agneau et pour finir comme on a commencé, un café… turc.

(Je vous glisse l’adresse : 109 rue de Belleville)

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