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Empreintes, concept store des métiers d’art

29 septembre 2016
Empreintes, le concept-store des métiers d'art

Vous êtes probablement passé devant lui pendant des années sans même le remarquer. Pendant près de dix ans, il s’était rendu invisible, à force de ne plus être regardé. Pourtant, il a connu l’effervescence des commandes de Coco Chanel quant il accueillait en son sein joailliers, polisseurs, équilibreurs, sertisseurs. Dans les années 30, les ateliers Woloch, créateurs de bijoux de fantaisie, faisaient sa grandeur. Il était connu dans tout le quartier. Et puis, un jour de 2008, la maison Woloch ferme ses portes. Il s’assoupi. Huit années de silence et puis…. Et puis, il a suffit d’un regard, pour qu’il se réveille. Ce regard, c’est le Syndicat des Ateliers d’Art de France qui l’a posé sur lui. Depuis, le bâtiment du 5 rue de Picardie s’est redressé et s’élance fièrement vers le ciel depuis que les briquettes roses de sa façade annoncent en lettres peintes sa nouvelle dénomination : “Empreintes”.

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Et il peut en être fier. Depuis le 2 septembre dernier, il est désormais l’adresse du made in France et du fait-main : un concept-store dédié à l’artisanat d’art lancé à l’initiative des Ateliers d’Art de France.

On y est accueilli avec le sourire aux lèvres et cette question “Vous connaissez le concept ? ”. Un concept unique, ça demande bien des explications. Les voici : Empreintes, c’est un lieu unique dédié aux métiers d’art. Sur plus de 600m2 répartis sur 4 niveaux, Empreintes propose à la vente plus de 1 000 produits fabriqués à la main par des artisans d’art français, soit des pièces uniques ou produites en petite série. La volonté des Ateliers d’art de France ? Promouvoir, défendre et faire connaître l’artisanat d’art.

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Mais au fait, qu’est-ce qu’un “artisan d’art”. J’ai posé la question à Anne-Sophie, en charge de la communication du concept-store : “Un artisan d’art est un créateur de la matière qui allie maîtrise d’un savoir-faire technique et vision esthétique de l’objet”. Souvent, nous imaginons l’artisanat d’art comme inaccessible et réservé à une élite. C’est justement pour contrecarrer ces idées reçues que les Ateliers d’Art de France ont lancé Empreintes, qui propose des objets destinés à tous les publics. De tasses en céramique à 10€ à une sculpture monumentale en corne de zébu à cinq chiffres.

De son passé industriel, le lieu a conservé sa hauteur de plafond, un escalier en bois qui fait l’escargot, des poutres métalliques. La scénographie a été pensée par Elizabeth Leriche. Les lignes épurées font la part belle au travail des artisans. C’est dans cet élégant environnement que le travail de 250 artisans créateurs s’exposent. Tous les 3 mois, les pièces seront remplacées par d’autres objets parmi les 6000 créateurs adhérents aux Ateliers d’art de France.

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Ici, vous pouvez oublier l’adage souvent entendu dans votre enfance : “On touche avec les yeux”. J’ai beau chercher, aucun panneaux n’indique le sentencieux “Ne pas toucher”. Et pour cause, Empreintes ne se veut pas être une galerie d’exposition. “Nous invitons le public à toucher, à entrer en relation avec l’objet”, m’indique Anne-Sophie.

Le lieu invite à la flânerie. On prend le temps de déambuler dans ses grands espaces baignés de lumière. A l’image de l’artisan pour qui façonner une pièce demande de longues heures de travail, Empreintes réhabilite le temps long. “Nous sommes partisans de la slow life. Nous souhaitons que notre public prenne le temps de s’approprier les objets.” Et pour prolonger le temps, Empreintes s’est associé à Season pour proposer une pause détente et gourmande. Les boissons et encas sont proposés dans de la vaisselle créée par les artisans exposés. L’essayer, c’est l’adopter ? Au second étage, une bibliothèque référence une centaine de livres sur les métiers d’art, que de larges canapés nous invitent à parcourir confortablement installés. Dans la visée pédagogique des Ateliers d’art de France, une salle de projection propose des films sur l’artisanat d’art au sous-sol de l’établissement.

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Alors que je quitte les lieux, j’entends “Merci M. Woloch !” M. Woloch… l’ancien propriétaire ? Je me jette sur le trottoir. J’aperçois un homme de dos s’apprêtant à être avalé par l’immeuble au numéro 11 de la rue. La rue de Picardie résonne : “M. Woloch ?!” L’homme s’arrête. J’arrive à sa hauteur. Je le regarde, il me regarde, on se regarde. Bref, je me présente et lui fait part de ma démarche. Il plisse les yeux et me demande : “Est-ce que la fumée de cigare vous dérange ?” Je pressens que je n’ai pas droit à l’hésitation “Non”, je réponds, essayant de masquer mon incertitude. “Alors suivez-moi.” Je m’exécute. Nous traversons une petite cour sombre. “C’est ici que tout a commencé” me dit-il.

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Accroché au mur de son bureau, j’aperçois la décoration de la légion d’honneur. Serge Woloch est maître joaillier et maître orfèvre. Ses ateliers de création de bijoux de fantaisie occupaient le rez-de-chaussé et le premier étage de l’immeuble d’Empreintes et les deuxième et troisième étages étaient réservés à ses appartements. Mais c’est dans l’immeuble dans lequel je me trouve à ses côtés que tout a commencé, quand son père, Joseph Woloch, médecin immigré de Roumanie devient l’un des plus grands ciseleurs marteleurs du pays. Serge Woloch grandi dans les ateliers et reprendra l’affaire familiale. A mesure que les commandes pour Chanel grandissent, l’espace de stockage des boites pour la marque de luxe se resserre. “Nous avions 150m3 de boîtes Chanel. Elles arrivaient vides le lundi matin et repartaient pleines le vendredi. En 1989, j’ai acheté l’immeuble du 5 de la rue de Picardie car nous avions besoin de plus d’espace de stockage.” Sur deux étages, des petites mains s’affairaient à créer des bijoux pour les plus grandes marques de luxe françaises. “J’employais alors 150 personnes”, m’informe M. Woloch. Aujourd’hui à la retraite, cet artisan entrepreneur continue de créer des bijoux car il assure ne pas vouloir “perdre les mains.”

Les ateliers Woloch ont marqué de leur empreinte le 5 rue de Picardie. Mais comme le dit Serge, “La vie, c’est maintenant et demain”. Laissons à Empreintes et aux Ateliers d’Art de France le soin d’écrire leur propre histoire…

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Empreintes
5 rue de Picardie
Paris 4
www.empreintes-paris.com

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2 Comments

  • Reply Elian 4 octobre 2016 at 21:55

    « Il assure ne pas vouloir perdre les mains  » : Génial.

    • Reply Magali 5 octobre 2016 at 08:40

      J’imagine que ça te parle ;-)

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