Portraits

Le Baigneur, artisan savonnier

29 mars 2017
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Pour passer de l’idée à l’action, il suffit d’une chose : se jeter à l’eau. C’est ce qu’a fait Fabien Meaudre en lançant la marque de soins pour homme “Le Baigneur” au printemps 2012. Après un parcours dans la restauration, ce jeune homme de 31 ans est devenu artisan savonnier. C’est à son atelier de Montreuil où il produit des savons 100% naturels et bio que je pars lui serrer la main.

 

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Haro sur les gels douche, crèmes de douche et autres crèmes lavantes qui ont trustés les étagères de nos salles de bain ! Revenons au basique : le bon vieux savon. Mais un savon “Le Baigneur”. Contrairement aux produits de grande consommation qui nécessitent un doctorat ès décryptage d’étiquettes, celles de Le Baigneur sont claires comme l’eau du bain : huile d’olive, beurre de karité, huile de coco, huile de ricin, eau, glycérine végétale (issue de la saponification), beurre de karité brut, miel, huile essentielle de patchouli. Exit, parfums de synthèse douteux pour vous faire sentir la tartelette aux fraises ou la madeleine d’autrefois, OGM, parabène, silicone, paraffine et autres joyeusetés synthétiques !

 

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Le Baigneur lui, nous plonge dans un univers où les hommes portaient des maillots de corps, où le coupe choux était en bonne place dans nos salles de bain et où les publicités pour savons s’affichaient en lettres peintes sur les murs de nos cités. Le Baigneur, comme le nom d’un homme nu souvent peint par Cézanne, qui évoque pour Fabien “un sentiment de liberté, de simplicité et de beauté.” Un baigneur dont on retrouve le profil sur le logo de la marque. Est-ce celui d’un sumérien, peuple auquel on doit l’invention du savon ? D’un grec sortant des thermes, ou d’un hypster de Sopi ? Peut-être un peu des trois. Car Le Baigneur fabrique ses savons de manière traditionnelle mais s’adresse “à une cible urbaine sensible au bio, aux produits respectueux de l’environnement et faits main en France.”

 

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Je me laisse guider par l’odeur de lavande. Il suffit de fermer les yeux. Et de respirer. Elle me conduit directement à l’atelier de Le Baigneur. Elle me titille les narines avant même que je n’arrive dans la cours de la belle bâtisse de style industriel, avec sa verrière et ses poutres métalliques, où l’artisan savonnier a installé son atelier. C’est dans cette ancienne imprimerie que Fabien fabrique à la main plus de 40 000 savons par an. Les vitres sans tain de la porte d’entrée réfléchissent mon reflet avant de s’ouvrir sur le visage souriant de Fabien. “Je t’ai vue arriver” me dit-il. Moi, je remarque qu’il est en chaussettes. Un savonnier, à Montreuil, qui exerce en chaussettes. Jusqu’ici tout est normal. Mais ce qui retient mon attention ne se joue pas au niveau de mon sens visuel, mais plutôt de mon sens olfactif. Comme probablement 100% des personnes qui entrent dans son atelier, je m’exclame “Hum, ça sent bon.” J’ai l’impression que l’on m’a placé un bouquet de lavande sous le nez.

 

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“Faut savoir tout faire dans une structure artisanale.”

Fabien me fait faire un tour du propriétaire. L’étage est dédié à l’emballage des savons, aux préparations des commandes et au travail administratif. “Faut savoir tout faire dans une structure artisanale.”

Le rez-de-chaussée quant à lui est dédié à la production. Sur la droite, des bidons d’huile de toutes sortes s’alignent sagement. “Je n’utilise que des huiles bio produites en France. Je privilégie au maximum les circuits courts, excepté pour des huiles plus exotiques comme celle de coco.” A l’arrière, c’est l’espace séchage. La gauche du rez-de-chaussée est le laboratoire dans lequel Fabien conçoit les savons et les découpe. L’ambiance est chirurgicale et le décor minimaliste. Une table, un évier en inox, un réfrigérateur. Pour seule déco, un tablier de boucher blême et une paire de chaussures d’infirmiers. Peut-être a-t-il hésité entre plusieurs métiers quand il a décidé de se reconvertir ?

 

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Avant de dédier sa vie professionnelle à notre hygiène corporelle, Fabien, qui a suivi une formation en école Hôtelière, a travaillé dans la restauration. Après quelques années, c’est la douche froide. Il nage à contre courant. “Je commençais à me rendre compte que ça n’était pas du tout mon truc. J’ai compris que je n’étais pas fait pour travailler dans ce secteur.” Pour éviter de dévaler à nouveau une pente savonneuse, il décide de jalonner son parcours avec ces indications : monter son entreprise, changer de secteur et inscrire son entreprise dans le développement durable.

 

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“Je me suis imaginé monter ma boite de cosmétiques.”

L’idée “produit” c’est une amie qui lui en fera cadeau, littéralement. Pour ses 25 ans, il reçoit des mains de son amie un kit pour élaborer ses cosmétiques à la maison. “C’était un cadeau par hasard. Elle voulait m’initier à cette pratique. J’ai trouvé ça drôle et je me suis imaginé monter ma boite de cosmétiques.” Pendant un an, Fabien ne bulle pas. Il construit son business plan qui lui confirme qu’une reconversion dans ce secteur est possible. Il commence à élaborer des recettes de savons dans la cuisine de son petit appartement. Il profite d’un licenciement économique pour se jeter à l’eau. Au printemps 2012, la société “Le Baigneur” sort de l’eau. “Ca faisait déjà plus d’un an que je travaillais sur le projet.” La première année, il fait appel à un savonnier situé en Corrèze pour fabriquer sa gamme de savons. “Comme j’étais le revendeur de mes propres produits, ma marge était insuffisante. Et puis, il faut dire que mon objectif premier était d’exercer un métier artisanal.” Il part 15 jours respirer l’odeur des pins à Forcalquier, non loin de Manosque, pour se former au métier de savonnier à l’Université Européenne des Saveurs et Senteurs. “La formation m’a confirmé dans mon choix.”

“C’est un dépassement de soi.”

Depuis, Fabien se casse le baigneur. “Se lancer en tant qu’artisan entrepreneur demande un gros sacrifice, au moins les 3 premières années. J’ai vécu une période au RSA. Ca ne fait pas longtemps que je me paye.”, avoue-t-il. Pour le jeune entrepeneur, tout est une question de mental. “Si tu as foi dans ton projet, ça paye. Il faut se conditionner à vivre un truc intense avec des moments difficiles.” “Vacances” est un mot dont on préfère oublier l’existence, les week-ends deviennent une théorie abstraite, le salaire, un fantasme. “Mais on le fait parce qu’on est des passionnés. C’est un dépassement de soi. Quand ça marche, ça donne confiance en soi.”

 

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“Mes produits sont 100% naturels fabriqués à la main.”

Et ça marche. Sans vouloir le faire mousser, ses savons et ses huiles bio pour le visage et pour le corps sont en vente dans les boutiques et les concepts-stores les plus raffinés, comme Le Bon Marché, Merci, Les Galeries Lafayette à Paris, et le profil de son logo se retrouve aussi à Tokyo, Hong-Kong ou encore New-York. “Je cherche à avoir un positionnement bio et qualitatif. Mes produits sont 100% naturels fabriqués à la main ici à l’atelier. C’est ce qui plait.”

Pour fabriquer ses savons, Fabien mixe de l’huile végétale avec de la soude dans une grande bassine bleue. Il place le mélange dans des moules qui mettra 30 heures à durcir. Vient ensuite le temps de la découpe, puis du poinçonnage, et enfin, de l’emballage. Le procédé utilisé par Fabien est dit de “saponification à froid”.  C’est une méthode traditionnelle qui permet de produire des savons surgras riches en glycérine, car les ingrédients ne sont pas chauffés. Résultat : les savons conservent leurs actifs nutritifs – les huiles ou le beurre – pour retrouver la peau douce de nos 2 ans. “Un savon traditionnel – issu d’une saponification à chaud comme 90% des savons conventionnels – contient environ 2% de glycérine. Dans un savon Le Baigneur, la glycérine représente au moins 7 à 8% ; la peau est naturellement nourrie.”

Sa marque de soins pour homme, Fabien l’a pensée en suivant 3 valeurs : exigence : tous les produits Le Baigneur sont 100% naturels, issus de l’agriculture biologique et privilégiant des ingrédients de production locale ; respect : Dame nature est sa reine, pour l’honorer, Fabien a choisi le papier pour ses emballages, une matière noble et recyclable fabriquée en France ; engagement : Le Baigneur reverse 1€ de chaque vente effectuée sur sa e-boutique à Surfrider Foundation Europe qui oeuvre à la protection des océans.

 

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“En tant qu’entrepreneur et artisan, je peux allier l’esprit et le manuel ; je m’épanouis totalement.”

Il est temps pour le jeune homme d’enfiler son costume de super artisan. Il noue son tablier dans le dos, prêt à oeuvrer aux côtés de nos défenses immunitaires cutanées. Il enfile ses chaussures d’infirmier, pour éviter de se casser le fémur et “pour l’hygiène.” Cet après-midi, c’est “atelier découpe”. 200 barres de savons s’alignent sur la table. Une à une, Fabien va procéder à leur découpe pour former 16 savons. Tout est fait à la main, de la fabrication à l’emballage des produits, en passant pas le tamponnage.

Le geste est mécanique, le regard concentré. Fabien prend une barre, se retourne, actionne la machine à découper en pressant de tout son poids, tellement que vu de dos, il en perd la tête. Ensuite, il place les savons dans un bac. Il se retourne, prend une barre, actionne la machine à découper, place les savons,… Et il recommence. 200 fois. “Je suis en mode robot quand je travaille. Mais ça laisse de la place à l’esprit pour penser. En tant qu’entrepreneur et artisan, je peux allier l’esprit et le manuel ; je m’épanouis totalement.” Il met à profit ce que lui ont enseigné deux années passées au sein du géant du fast-food américain. “Chaque geste est codifié, optimisé pour gagner un maximum de temps. On appelle ça la “dynamique du mouvement” Je me sers de ce procédé aujourd’hui”.

 

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“Quand tu travailles avec tes mains, psychologiquement t’as vraiment l’impression d’avoir rempli ta journée.”

Alors qu’il travaille, l’atelier est plongé dans un silence léthargique. Il contraste avec la vitesse à laquelle Fabien coupe les savons. Seul le bruit de la découpeuse, tel un couperet, vient rompre le mutisme de l’atelier. De temps en temps, Fabien lâche un bâillement. C’est vrai que c’est l’heure de la sieste. “La lavande a des propriétés apaisantes et sédatives. Ca m’endort.”, dit-il en s’excusant. Il y en a un autre qui est en pleine forme en revanche. C’est Magellan, 60 cm au garot, tout vêtu de poils caramel et visiblement, les effluves de lavande n’ont pas d’emprise sur son enthousiasme. Il lui est interdit d’entrer dans le laboratoire, et ses cabrioles pour nous enjoindre de jouer resteront lettres mortes. Il est sommé de rejoindre le premier étage. Docile, il obtempère.

La visite de Magellan a été le seul temps de pause de Fabien. Quand on fait le même geste toute la journée, c’est barbant ? “Pas du tout”, assure-t-il. “Quand tu travailles avec tes mains, psychologiquement t’as vraiment l’impression d’avoir rempli ta journée. Quand j’ai fini d’emballer 1000 savons, je sais que ma tâche est finie.” Et quand le savon emballé se retrouve dans notre salle de bain, on fait face à un dilemme : le déballer ou ne pas le déballer ? Avec son packaging psychédélique et hypnotisant très réussi, ça nous fend le coeur de devoir le déchirer. Mais pas autant que de ne pas pouvoir utiliser ses soins.

 

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“C’était vraiment un rêve depuis tout petit de fabriquer des produits, d’avoir un contact avec la matière.”

Je dois quitter Fabien. Il reste des dizaines de barres de savon sur la table. Il en a encore pour quelques heures de découpe, mais il ne s’en lasse pas. Car désormais, son rêve prend corps. “C’était vraiment un rêve depuis tout petit de fabriquer des produits, d’avoir un contact avec la matière. Les personnes qui fabriquent des objets m’ont toujours intrigué. ”

Dorénavant, c’est Fabien, qui nous intrigue…

 

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