Portraits

Ikebanart, art floral japonais

7 octobre 2015
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En ce samedi matin plutôt humide, la pluie joue au hula-hoop dans l’eau du canal Saint Martin. Abritée sous mon parapluie, je remonte à grandes enjambées le quai en direction du 49 rue Lucien Sampaix. A cette adresse, la devanture sombre d’“Ikebanart” contraste avec la verdure déposée à ses pieds. A l’intérieur, l’atelier est une forêt tropicale minimaliste en pleine mousson. Je dépose mon parapluie ruisselant à l’entrée du magasin et me dirige serrer la main d’Eugénie et de Gwenaël, artistes en décoration florale et végétale, spécialistes de l’art floral japonais.

En entrant dans la boutique, mon regard est immédiatement attiré vers le haut. Suspendues au plafond, des sphères de mousses forment une mini galaxie végétale. Je m’arrête pour les admirer. Habituellement, lorsque je contemple le ciel, je me sens drôlement petite. Cette fois-ci, je me sens étonnement grande comparée à cet amas de plantes aux allures de bonzaïs. Je ne sais pas encore que je suis en train d’observer un phénomène rare qui ne se produit que depuis les années 90. Je suis l’observatrice rêveuse d’une constellation de kokedamas. Le kokedama est un art végétal apparut il y a 25 ans environ au Japon. Un ko-ke-da-ma – dont je ne sais jamais dans quel sens mettre les voyelles – se compose de terre enveloppée de mousse dans laquelle prend racine une petite plante. Un art graphique et minimaliste qui a la particularité de ne nécessiter aucun pot ; il se pose sur un plateau ou se suspend. A lui tout seul, il est une petite œuvre d’art végétale.

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“J’ai décidé que je ne voulais plus travailler dans ces conditions.”

Eugénie et Gwenaël sont des spécialistes de cet art japonais. « On a commencé à en faire il y a un an et demi. Ca a tout de suite eu du succès ». A l’époque où  ils répondent à une commande de 200 kokedamas pour le Fnac Live Festival, leur appartement leur sert d’atelier. C’est ce qui les décidera à chercher un lieu où exercer. “Notre appartement ressemblait à une jungle. Il y avait de la mousse partout !”, s’amuse Eugénie. Mais avant d’évoluer dans cette végétation, le couple a connu une autre forme de jungle. Celle du monde du travail « classique ». Eugénie a tour à tour été gérante de bar à Madrid, décoratrice d’intérieur, et responsable de référencement dans une agence de web. Jusqu’à cette rencontre avec une vieille femme japonaise qui lui parle d’ikebana, un art traditionnel de l’arrangement floral japonais. “C’est un art rare et méconnu. C’est très graphique.” Un coup de coeur. Eugénie étudie alors à l’école d’ikebana de Madrid. En 2011, après sept années de formation, elle devient maître ikebana. Quand à Gwenaël, il fait des études à Sup de Co Toulouse : “J’ai fait des études mais j’ai toujours aimé travailler de mes mains. Je n’y réfléchissais pas en termes de profession ; c’était de l’ordre du loisir.” Ses études le conduiront à faire des études… de marché. “Douze heures dans un bureau sur Excel… je n’étais pas bien dans mon travail. J’ai décidé que je ne voulais plus travailler dans ces conditions.” Les chemins d’Eugénie et de Gwenaël se croiseront à Madrid. Leur amour germera et donnera naissance à un projet commun : la création d’Ikebanart, agence de décoration florale et végétale spécialisée en Art Floral Japonais.

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Ikebana réalisé par Eugénie

 

“Il faut être soutenu.”

La boutique voit le jour en janvier 2015 après quelques déboires. A son emplacement régnait le spectre encore vivant d’un garage auto abandonné depuis 40 ans. Pont élévateur, pneus, bidons d’huile, outils en tous genre rappelaient le souvenir d’un passé besogneux. “Les travaux ont été un cauchemar. On a vécu toutes les difficultés.” Les difficultés jalonnent le chemin de tout entrepreneur et Eugénie et Gwenaël ne manquent pas de me prévenir sur les sacrifices que demande la création d’entreprise. “Ils sont aussi bien financiers que sociaux. Deux à trois fois par semaine, nous travaillons jusqu’à minuit. Nous avons à gérer la communication, les commandes, l’approvisionnement, la création, et toute la partie administrative. Et souvent, une fois la lumière éteinte, je continue de penser au boulot et à avoir de nouvelles idées”, m’avoue Gwenaël. Eugénie enchaine en me rappelant l’importance de ne pas être seul dans une telle aventure. “Il faut être soutenu. Nous avons la chance d’être deux. Quand l’un n’est pas très bien, l’autre le relève.”

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Sur son ordinateur, Eugénie procède à des mises à jour du site internet de la boutique. Sa main évolue le long d’une frontière invisible entre technologie et nature. L’ordinateur semble menacé par la verdure environnante. Ici, il est une espèce menacée. L’écran se fait le miroir d’une nature maîtresse en ces lieux. Elle reprend toujours ses droits, dit-on. “A Paris, les gens sont hors-sol. Nous avons la chance de vivre chaque jour dans cet environnement.” A l’extérieur, la pluie redouble d’effort. Elle semble vouloir transpercer la verrière dans une volonté d’accomplir sa nature d’eau nourricière.

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Gwenaël ne semble pas s’en émouvoir. Il est tout à sa tâche. “Je fais des boules de terre pour les kokedamas.” Il les serre tellement fort pour qu’elles deviennent compactent qu’il entraîne un tremblement de terre sur cette planète miniature. Pas de doute qu’il y ait de la vie sur cet astre : l’eau, qui sert de liant au terreau, s’écoule le long de ses doigts comme dans un chenal. Ses doigts encerclant la sphère semblent être les racines du ficus. L’image de l’aquarelle de Saint Exupéry dans le passage du Petit Prince me revient à l’esprit. Vous savez, celle qui évoque la dangerosité des baobabs. Contrairement aux racines menaçantes des baobabs qui asphyxient les planètes dans le monde du Petit Prince, celles des plantes des kokedamas sont sagement enveloppées au coeur de la planète. Et pour qu’elle ne risque définitivement pas d’être étouffée par leurs racines, Gwenaël enveloppe délicatement la terre d’une mousse épaisse. Le Petit Prince serait bien rassuré de vivre sur cette planète-là… Enfin prêt, le kokedama est mis en orbite pour rejoindre la “galaxie du plafond”. Une cliente entre dans la boutique : “C’est un régal pour les yeux”, dit-elle.

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En repartant, je lève à nouveau le regard sur ces planètes inoffensives et lance un clin d’oeil discret à un Petit Prince imaginaire. En redescendant le canal Saint-Martin, je repense à l’aventure entrepreneuriale de ces deux artistes et aux kokedamas, et songe à l’importance d’avoir des racines bien ancrées dans la terre, d’être soutenu et entouré à l’image de la mousse enveloppante des kokedamas, si l’on veut pouvoir déployer nos branches haut vers le ciel.

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www.lesmainsbaladeuses.com - Ikebanart - art végétal japonais - parisIkebanart
Agence de décoration florale & végétale spécialisée en Art Floral Japonais
49 rue Lucien Sampaix – Paris 10
Ouvert du mercredi au dimanche de 10h00 à 20h00
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4 Comments

  • Reply mummy 8 octobre 2015 at 17:55

    tjs aussi super, c’est magnifique, les commentaires sont très bien. j’aimerais bien avoir une aussi belle planète chez moi. il faut continuer à nous enchanter.
    Félicitations.

    • Reply magperr83 9 octobre 2015 at 17:04

      Coucou ! Merci pour le commentaire ! J’en rapporterai une ;-) Bisous

  • Reply Carmen 8 octobre 2015 at 20:49

    Je te souhaite , toi aussi, de trouver une belle mousse qui te permette de déployer… tes ailes !
    Merci.

    • Reply magperr83 9 octobre 2015 at 17:05

      Merci Carmen :-)) Je suis en train de rebâtir ma planète et je suis bien entourée :-) Merci et à bientôt !

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