Interview

Jean-Frédéric de Letterpress de Paris

13 novembre 2016
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“Je souhaite préserver une technique d’impression en voie de disparition.”

“Letterpress de Paris” est une maison d’éditions de cartes et de carnets illustrés et un service d’impression sur-mesure. Rien d’étonnant jusque-là. Mais “Letterpress de Paris” a réussi le pari fou d’innover et d’entrer dans la modernité tout en utilisant une technique d’impression traditionnelle, celle de l’impression typographique. L’ambition de son créateur, Jean-Frédéric Pouvatchy ? Préserver cette technique tout en l’amenant à explorer ses capacités jusque-là inexploitées. “Letterpress de Paris”, c’est l’histoire d’un entrepreneur visionnaire, d’un artisan, l’un des derniers tenants de ce savoir-faire, et d’une presse typographique mythique, l’Heidelberg (voir la vidéo plus bas). C’est aussi la preuve que techniques anciennes peuvent rimer avec innovation, et celle qu’il existe toujours des chemins de traverse pour réaliser ses envies professionnelles.

Alors que Pascal, l’imprimeur de “Letterpress de Paris”, procède au calage du travail d’impression du jour, Jean-Frédéric me raconte son histoire et celle de la marque au son cadencé et lancinant de la presse.

Jean-Frédéric, quel métier rêvais-tu d’exercer petit ?
Enfant, je passais beaucoup de temps à dessiner. Naturellement, j’aurais aimé devenir dessinateur, mais, sans doute influencé par mon milieu – mon père était universitaire – j’ai fini par m’orienter vers des études supposées plus « sérieuses ». C’est comme ça que je suis entré en fac de Droits.

Quel a été ton parcours professionnel ?
J’ai suivi des études qui ne me plaisaient pas beaucoup, je dois bien l’avouer. Et puis, j’ai trouvé un job d’étudiant dans le commerce, dans une papeterie de luxe. Je m’éclatais à faire ça alors que je végétais à la fac. Je me suis aperçu que j’aimais beaucoup vendre des belles choses et que ça me plaisait d’échanger avec des gens. Je me suis bien amusé et finalement j’en ai fait mon métier pendant près de 20 ans. J’ai longtemps travaillé en boutique, comme vendeur puis responsable, essentiellement dans l’univers de la papeterie haut de gamme et du design.

Tu es le créateur de « Letterpress de Paris ». Peux-tu nous dire ce que c’est ?
« Letterpress de Paris » est à la fois une marque de papeterie – nous éditons des cartes postales et des carnets – et un service d’imprimerie, avec comme point commun le recours à la technique d’impression dite « letterpress » ou « impression typographique » en français. La collection de papeterie a pour vocation de diffuser cette technique d’impression et de valoriser la qualité de ces impressions. Ensuite, le service d’imprimerie permet à ceux qui sont sensibilisés à cette technique de se faire faire leurs propres cartes de visite, faire-parts, invitations,…


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Comment as-tu eu l’idée de créer une marque en lien avec l’impression letterpress ?
Il y a 4 ans, au cours d’un voyage à Chicago, j’ai découvert l’ampleur du phénomène letterpress aux Etats-Unis. Tous les concept-stores proposaient de la papeterie imprimée en letterpress. Je connaissais déjà la technique mais en France nous l’appliquions généralement dans un autre esprit, beaucoup plus conventionnel. Elle était utilisée pour faire des travaux très classiques (cartes de visite, invitations, faire-parts) avec des impressions la plupart du temps en noir. Aux Etats-Unis, la technique était inscrite dans la modernité. Il existait des impressions de toutes les couleurs et la particularité résidait surtout dans le fait que l’impression était profondément creusée dans le papier.

Quel projet a émergé quand tu as découvert ce phénomène ?
Un nombre étonnant de produits que je découvrais aux Etats-Unis présentaient l’image de Paris. Ca m’a interpellé. Je me suis dis qu’il faudrait proposer au marché américain des objets qui viennent réellement de Paris. A cette époque, je travaillais pour un imprimeur de luxe à Paris dont l’activité était en déclin. Je lui ai suggéré de créer une ligne de papeterie en letterpress qui soit mode et qui véhicule l’image de Paris à destination d’une clientèle étrangère. Malheureusement – ou heureusement – il n’a pas adhéré à mon idée.
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Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est en imprimerie la technique dite « letterpress » ?
C’est le procédé inventé par Gutemberg : la possibilité d’imprimer des textes à partir de caractères mobiles encrés (des lettres en plombs) que l’on va assembler pour former des textes et que l’on va presser sur du papier. C’était aussi à l’époque la possibilité de produire en série. A la base, l’impression typo ce sont des caractères assemblés et pressés. A partir du début du 20e, du fait de la révolution industrielle, des machines mécanisées ont fait leur apparition et ont permis d’avoir recours à des plaques gravées qui ont remplacées les lettrines. Jusqu’à l’apparition des technologies numériques, la typo était pratiquée, aussi bien dans les grands ateliers pour l’impression de journaux et de livres, que chez les imprimeurs de proximité pour la réalisation en plus petit nombre de cartes de visite ou de papier à lettre.

« Je souhaite préserver une technique d’impression en voie de disparition. »

Quelles sont les particularités de ces impressions ?
La principale particularité est la sensation au toucher. La presse appuie si fort le papier que les impressions sont palpables en creux. Pour réaliser cela, nous devons utiliser du papier très épais – de 300 à 700 grammes – Et puis il a des imperfections qui apportent un supplément d’âme et que les équipements modernes ne savent pas produire.

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Quelle est ton intention au travers de « Letterpress de Paris » ?
Je souhaite préserver une technique d’impression en voie de disparition. Comme de nombreuses activités artisanales, l’imprimerie traditionnelle sous presse est menacée remplacée par l’impression numérique, plus rapide, maniable, et bon marché. Letterpress de Paris participe à la préservation de ce savoir-faire. Je veux aussi oeuvrer pour que ce savoir-faire passe du rang de vieille technique poussiéreuse à quelque chose d’artistique et de tendance. L’inscrire dans la modernité en somme. Et je crois qu’on y arrive plutôt pas trop mal ! Mon objectif était d’apporter une démarche artistique différente, et amener cette technique vers un public nouveau.

Quel a été le déclencheur de cette création d’entreprise ?
Le premier déclencheur a été la découverte de l’engouement que suscitait le letterpress aux Etats-Unis. Le deuxième a été un coup du sort. La boutique dans laquelle je travaillais a fermé. Je me suis dis que c’était une formidable opportunité pour me lancer dans cette aventure entrepreneuriale.

Comment a réagi ton entourage quand tu lui a annoncé que tu te lançais ?
C’était en 2013, au moment de la crise. Tout le monde considérait que ça n’était pas le moment de se lancer dans l’entrepreunariat. Mais ma femme a été d’un grand soutien.

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« Avec l’apparition du numérique, toutes ces anciennes techniques ont sombré emportant avec elles les derniers imprimeurs qui maitrisaient ce savoir-faire. » 

Comment as-tu procédé pour créer « Letterpress de Paris » ?
J’ai passé un an à la recherche d’un imprimeur encore capable de maîtriser la technique du letterpress et qui était prêt à se lancer dans cette approche nouvelle du travail d’impression. J’ai passé des heures à me balader dans Paris, à pousser des portes cochères, à repérer au delà d’une devanture une presse typographique. Avec l’apparition du numérique, toutes ces anciennes techniques ont sombré emportant avec elles les derniers imprimeurs qui maitrisaient ce savoir-faire. J’étais à la recherche des derniers tenants de ce savoir-faire.

En as-tu rencontré beaucoup ?
Avant les années 90, ils étaient des milliers à utiliser et à maîtriser cette technique. J’en ai rencontré trois ou quatre, en général de la vieille génération. J’ai été confronté à ce décalage entre ce que je voulais faire et l’approche qu’eux avaient de la technique.

C’est-à-dire ?
La technique du letterpress aux Etats-Unis était utilisée sur des papiers très épais et le rendu était en creux (débossage). Non seulement le débossage ne se pratiquait pas en France, mais surtout, les imprimeurs que je rencontrais m’expliquaient tous avec certitude qu’il était impossible d’imprimer sur du papier épais. C’étaient des professionnels qui exerçaient leur métier d’une certaine façon depuis 50 ans ; ils ne concevaient pas que l’on puisse faire autrement.

Et puis, tu as fini par croiser le chemin de Pascal…
Oui, j’ai fini par rencontrer Pascal, qui est le plus jeune de ceux qui ont connu l’époque où le letterpress était une technique en cours. Pascal a un CAP de conducteur de presses typo. C’est un véritable homme de métier. Quand je lui ai montré les produits de papeterie que j’avais rapportés de Chicago, ça a immédiatement suscité sa curiosité. C’était un gars qui avait vraiment envie d’essayer des choses et qui avait conscience qu’avec ces machines, ont pouvait faire plein de choses encore inexploitées. Pour moi, Pascal est la perle rare. C’est le trésor de ce projet.

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« Là où les autres disaient « On ne l’a jamais fait donc ce n’est pas possible », lui a dit « On ne l’a jamais fait, mais on peut essayer. » »

Comment a-t-il réagi quand tu lui as parlé de ton projet ?
Là où les autres disaient « On ne l’a jamais fait donc ce n’est pas possible », lui a dit « On ne l’a jamais fait, mais on peut essayer ». Ca faisait 30 ans qu’il imprimait des cartes de visite en noir et blanc sur une presse typo ; il s’ennuyait un peu. On a commencé à faire des tests qui se sont révélés positifs et encourageants.

Pascal est salarié au sein d’une imprimerie indépendante. Comment travaillez-vous ensemble ?
Nous avons mis en place un partenariat avec l’imprimeur chez qui travaille Pascal. Au départ je n’envisageais pas de créer un atelier avec un imprimeur dédié au projet de « Letterpress de Paris ». Ca représentait un gros investissement. Il n’était pas prudent de démarrer une activité avec un tel investissement. J’ai décidé de m’adosser à une structure existante en allant là où le savoir-faire était, c’est à dire entre les mains d’artisans qui font ça depuis des décennies.

Pascal est en charge des impressions. Quel est ton rôle au sein de « Letterpress de Paris » ?
J’ai le rôle de chef d’entreprise et de commercial. Outre la partie administrative qui incombe à tout chef d’entreprise, je me charge de tout le relationnel avec les clients, de la distribution en boutique, de toute la communication, des collaborations, et tout le travail de conditionnement et de livraison. C’est clair que je n’ai plus trop le temps d’avoir des loisirs, mais je prends du plaisir à le faire.

Quelle machine est utilisée par Pascal pour faire de l’impression typographique ?
C’est une presse platine Heidelberg « OFMI » qui est une référence mondiale de l’impression typographique pour tous les travaux de ville. Elles ont été fabriquées à 200 000 exemplaires des années 30 jusqu’au milieu des années 80. Cette machine a représenté une énorme avancée technologique car elle a permis de mécaniser un processus qui s’effectuait à la force des bras. Elle a différents surnoms : windmill (moulin à vent) dans les pays anglo-saxons – à cause des pinces qui prennent le papier -, la boule rouge en France, … Les formations qui existaient pour la maîtriser ont disparu en même temps qu’elle.

www.lesmainsbaladeuses.com-letterpress-de-pariswww.lesmainsbaladeuses.com-letterpress-de-pariswww.lesmainsbaladeuses.com-letterpress-de-parisLa ligne de papeterie est réalisée en partenariat avec des illustrateurs. Peux-tu nous en parler ?
Je collectionne des dessins originaux, je suis un mordu de BD et un passionné de dessin. Je me suis dis que ca serait intéressant de faire se rencontrer l’univers des illustrateurs et celui de l’imprimerie. J’ai donc fais appel à des illustrateurs pour créer des cartes postales. On propose des cartes thématiques à message (voeux, anniversaire, remerciement, lifestyle) qui allient un côté artistique actuel et un peu rock.

Comment les choisis-tu ?
Ce sont des artistes que j’ai choisis parce qu’ils ont un univers particulier que j’ai envie d’associer à la collection de “Letterpress de Paris”. Ils viennent de la bande dessinée alternative, de l’illustration jeunesse, du graffiti ou du tatouage. Je cherchais un genre d’esthétique décalé qui puisse bousculer un peu les codes. Après, l’idée n’est pas d’empiler les collaborations, mais de former un groupe limité et soudé avec des artistes que j’affectionne et qui donnent une cohérence artistique à l’ensemble des produits de la marque.

Les illustrateurs ont-ils carte blanche ?
Oui, car l’idée c’est de profiter de leur coup de crayon mais aussi de leur créativité. Je leur lance simplement la thématique, en fonction du calendrier notamment – la nouvelle année, la St-Valentin, les vacances estivales… – et ils me font des propositions de créations que l’on peut éventuellement être amenés à retravailler notamment pour que ça puisse correspondre à une réalité technique et commerciale.

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« La difficulté réside de se retrouver démuni face au néant, et de tout devoir inventer soi-même. »

Te sentais-tu avoir la fibre entrepreunariale ?
Ca n’était pas vraiment mon cas. Je ne suis pas issu d’une famille d’entrepreneurs, et j’ai évolué 20 ans dans le confort du salariat. Au début c’est difficile ; entreprendre les premières démarches, tout faire soi-même, trouver la motivation d’avancer tout seul. Je me suis mis en couveuse d’entreprise et j’ai été accompagné par une conseillère qui me fixait des objectifs. La difficulté réside de se retrouver démuni face au néant, et de tout devoir inventer soi-même.

Quelles sont les valeurs que tu souhaites véhiculer grâce à « Letterpress de Paris » ?
Je souhaite participer à l’essor de la production locale et à la fabrication de produits qui véhiculent une histoire. L’une des choses que j’expérimente en tant que consommateur est le “consommer moins mais mieux”. Il y a un petit côté militant dans ma démarche : je veux fabriquer avec du sens.

Tu aurais voulu être dessinateur, est-ce que quelque part « Letterpress de Paris » pallie à cette vocation avortée ?
Je suis un peu un dessinateur frustré de ne pas en avoir fait son métier. C’est marrant parce que à Strasbourg, ville où j’ai grandi, il y a l’école des Arts Déco, dont la filière illustration est probablement la meilleure du genre en France. J’aurais adoré faire cette école. Mais je n’ai aucun regret parce que j’aime beaucoup ce que je fais aujourd’hui. Et c’est vrai qu’en travaillant dans la papeterie et les arts graphiques, j’ai intégré cet univers d’une autre façon finalement.

Tu t’es lancé dans l’entrepreunariat à 40 ans. La crise de la quarantaine est-elle passée par là ?
Au moment de mon passage à la quarantaine je me suis posé beaucoup de questions. Quand on est jeune, on se dit qu’on fera ça plus tard. On repousse à demain. Arrivé à 40 ans, tu te dis que c’est aujourd’hui ou jamais. Je ne me voyais pas à 50 ans vendeur pour d’autres dans une boutique qui n’est pas la mienne. Le licenciement auquel j’ai été confronté aurait pu être difficile à vivre. En réalité, c’est une chance qu’il soit arrivé à ce moment là car sans cela, je n’aurais peut-être jamais franchi le pas !

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3 questions à Pascal, artisan imprimeur de « Letterpress de Paris »

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Te rêvais-tu imprimeur lorsque tu étais plus jeune ?
Quand j’étais gamin, je voulais être routier. Mais j’ai eu un accident à l’oeil droit qui m’a empêché d‘exercer ce métier. J’avais un oncle qui travaillait dans l’imprimerie et qui m’a incité à me lancer dans ce domaine. J’ai passé un CAP imprimerie où j’ai appris le métier de typographe et de conducteur de machines typographiques. A l’époque, dans les années 70, le numérique n’existait pas encore.

Quel regard portes-tu sur ton métier depuis que tu travailles avec Letterpress de Paris ?
Tout au long de ma carrière je me suis considéré comme un simple ouvrier. Il y a tellement peu de reconnaissance sociale pour les métiers de la main que j’avais presque honte de dire ce que je faisais. Depuis que je travaille pour Letterpress de Paris, j’ai repris de la fierté. Avant j’étais ignoré, aujourd’hui, les gens viennent voir mon travail et sont émerveillés par mon savoir-faire que nous sommes peu nombreux à détenir de nos jours. Je fais quelque chose qui sort de l’ordinaire et je me sens davantage valoriser. J’ai repris plaisir et fierté dans l’exercice de mon métier.

Quel rapport entretiens-tu avec ta presse typographique ?
Je suis avec elle de 9h à 17h depuis plus de 10 ans, ça crée des liens ! Je prends soin d’elle ; c’est une vieille dame. Et puis quand elle ne fonctionne pas comme je veux – souvent part ma faute d’ailleurs – je lui donne des noms d’oiseaux… que je ne citerai pas !

La machine Heidelberg de Pascal en action :

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