Portraits

Johanna Braitbart, créatrice d’accessoires de mode

18 décembre 2014
LES MAINS BALADEUSES, Johanna Braitbart, créatrice d'accessoires de mode

Aujourd’hui, en ce triste après-midi de décembre, je m’apprête à serrer la main de Johanna Braitbart, créatrice d’accessoires de mode. Au coeur du quartier du Marais à Paris, au croisement de la rue des Archives et de la rue des Blancs Manteaux, je suis immédiatement saisie par le contraste qu’offre sa devanture lumineuse avec l’obscurité de la rue.

Je pousse la porte du Boudoir 26. Je découvre une jolie femme à la crinière ondulée noire de jais qui lui tombe sur les épaules. Elle est habillée d’une jupe plissée beige style année 50, d’un pull noir, et d’une paire de chaussures à la Marie Poppins. On croirait une fée baroque. Elle est affairée sur son bureau d’accueil, le clavier et la souris de son ordinateur nonchalamment poussés sur le coté. Sur son petit établi de fortune, une aiguille à la main en guise de baguette magique, elle brode. Noyée au milieu des perles, des strass, des paires de ciseaux, des bobines de fil et des pinces, elle finalise un bijou de tête que lui a commandé le Bon Marché. Plus tard dans l’après-midi, elle m’avouera que la broderie est le travail que ses mains préfèrent.

LES MAINS BALADEUSES, Johanna Braitbart, créatrice d'accessoires de mode à ParisLES MAINS BALADEUSES, Johanna Braitbart, créatrice d'accessoires de mode à ParisLES MAINS BALADEUSES, Johanna Braitbart, créatrice d'accessoires de mode à Paris

“Je suis à vous dans une petite minute !”, me lance-t-elle. J’en profite pour flâner dans la boutique. Je découvre alors un monde lumineux et ordonné, dans lequel se côtoient dans une joyeuse discipline, boucles d’oreilles, sacs, coussins et bijoux, tous fait main par la maîtresse des lieux. Mon regard est aussitôt attiré vers le fond de la boutique. Sous l’inscription “Maison Johanna Braitbart”, se détache du mur blanc une multitude de chapeaux noirs suspendus. Cette vision m’évoque les motifs des robes à pois portées par les actrices des films que les moins de 20 ans n’ont surement jamais vus. C’est à partir de ce moment que je me retrouve propulsée à travers le temps. L’image est en noir et blanc. Les protagonistes sont des femmes qui marchent dans la rue, coquettes et apprêtées, la tête auréolée d’un bibi. D’ailleurs, je retrouve ce type d’accessoires sur les promontoires de la boutique. Certains portent le nom de Charlestone, Cabaret ou encore Mistinguett. Ce n’est pas étonnant, Johanna aime créer des accessoires de style “rétro revisité moderne”. Elle aime avant tout confronter l’esthétisme d’aujourd’hui à celui d’hier. Toute cette ambiance contribue un peu plus à me plonger dans un univers où je peux discerner le craquement si caractéristique de l’aiguille du gramophone qu’on poserait sur un vieux disque de John Coltrane.

“Dans notre travail, on est loin de la culture de l’immédiateté. Toutes mes créations demandent de longues heures de travail”

“Vous voulez voir l’atelier ?” Johanna me sort de ma rêverie. “Ce n’est pas rangé”, me prévient-elle. Nous descendons au sous-sol. Je découvre une pièce plus sombre où s’alignent des bocaux renfermant des rubans de toutes sortes, des fioles de teinture, des bouquets de plumes, des rangées de tissus et de cuirs chamarrés. Je crois pénétrer dans le laboratoire des fées. C’est ici que tous les ingrédients reposent. Là que tout s’élabore. Dans ce lieu que les accessoires de Johanna Braitbart prennent vie, avant de monter à la surface. Ne nous méprenons pas, si Johanna possède bien la formule pour mettre au monde de belles créations, aucune incantation magique n’est prononcée ici-bas. Elle ne transformera pas soudainement une citrouille en carrosse… pour ça, il lui faut du temps. “Dans notre travail, on est loin de la culture de l’immédiateté. Toutes mes créations demandent de longues heures de travail”, me dit-elle.

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“Je n’ai jamais pris l’habitude de travailler avec un dé…”

Nous refaisons surface. Johanna s’installe à nouveau devant sa table de travail improvisée, place sa baguette entre ses doigts et se remet à broder. Je suis déconcertée par l’agilité avec laquelle elle permet au fil de couture d’enlacer le chas de l’aiguille. L’extrémité de ses doigts est bleuie par le bain de teinture qu’elle a donné le matin même à quelques broderies. Son pouce droit, quant à lui, ressemble à un désert crevassé par le travail de l’aiguille. “Je n’ai jamais pris l’habitude de travailler avec un dé…”. Je les aime bien ses doigts de fée, fins et agiles. Sur le fil de couture, ils font faire aux perles un étonnant numéro de tyrolienne. J’imagine Johanna marcher sur ce même fil, telle une funambule, un chapeau fleuri à la main, sautillant avec malice à chaque perle qu’elle croiserait sur son chemin.

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L’image de Marie Poppins, avec son chapeau piqué de marguerites, refait surface au moment même où Johanna me parle de l’urgence de mettre de la fantaisie dans nos vies : “J’aimerais que l’on remette de la joie dans nos existences. Soyons moins raisonnables”. Je devine que l’on pourrait commencer par mettre un peu de folie dans nos tenues. Pour Johanna, l’accessoire est la petite touche d’originalité qui fait la différence. “Aujourd’hui, on ne fait plus l’effort de s’habiller pour sortir au théâtre ou dîner à l’extérieur”. Je jette un rapide coup d’oeil à mes vêtements, songe à ma dernière sortie… J’acquiesce, la mine coupable.

“J’ai trouvé ma façon d’être au monde”

Le jour tombe déjà. “Ici, on est hors du temps”, me dit-elle. Quand je la vois tirer sur le fil de sa bobine, je l’imagine en Parques et me demande si filer le temps ne serait pas un autre de ses pouvoirs. “Le temps passe sans qu’on s’en aperçoive”. Tiens, tiens…
J’ai déjà rencontré ce genre de personnes. Elles appartiennent au monde de ceux qui font le métier qu’ils aiment. “J’ai trouvé ma façon d’être au monde. Celle qui me permet de vivre et de m’exprimer”.

LES MAINS BALADEUSES, Johanna Braitbart, créatrice d'accessoires de mode à Paris

“La réussite ne se mesure pas à l’importance du compte en banque mais au temps passé à faire ce que l’on aime”

A mesure que les perles s’égrènent sur le fil de la vie de cet après-midi de décembre, Johanna me parle de ses convictions. Pour elle, l’argent n’est pas un but en soi. La réussite ne se mesure pas à l’importance du compte en banque mais au temps passé à faire ce que l’on aime. D’ailleurs, pour elle le bonheur n’est pas de posséder en quantité, mais d’avoir moins et mieux. C’est le leitmotiv de toutes ses créations. “Contrairement aux produits industriels à bas coûts, mes créations résistent au temps qui passe”. En somme, avoir moins et de meilleure qualité.

Il est l’heure de quitter cette fée aux cheveux d’ébène dans son royaume blond lumière. L’après-midi est vite passé et seul mon dos me rappelle que cela fait 4h que je ne me suis pas assise. En marchant, le mot “fantaisie” me revient en tête. Je le prononce à voix haute. Je sens qu’il est heureux, ce petit mot, de pouvoir danser dans les airs, et j’imagine qu’il se meurt de ne pas être assez souvent prononcé. “Fantaisie”, dites-le à haute voix. Il a le pouvoir de nous dessiner un sourire sur les lèvres, de nous faire voir la vie autrement. Je crois bien avoir découvert l’ingrédient magique de Johanna

Je continue ma route…Supercalifragilisticexpialidocious !

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Maison Johanna Braitbart
26 rue des Blancs-Manteaux
Paris 4

Même sous la menace d’une aiguille sous la gorge, ça sera toujours “Les Mains Baladeuses” qui choisira ses artisans tripoteurs.

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1 Comment

  • Reply Camille 18 décembre 2014 at 13:20

    Eh bien moi ça m’a donné envie d’acheter un bijou fantaisie ;)
    Moi je kiffe les mains baladeuses ;)

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